Les Bleus au centre d'entraînement de Marcoussis-Photo Panoramic
L'attaque de l'équipe de France de football est la grande inconnue en l'absence de ses deux meilleurs buteurs en activité, Thierry Henry (39 buts en 92 sélections), blessé, et David Trezeguet (34 buts en 69 sélections), non convoqué par choix du sélectionneur.
Le cahier des charges de l'équipe de France en Lituanie samedi en qualification à l'Euro-2008 de football est simple pour ne pas se compliquer la tâche: oublier le modeste statut de l'adversaire, éviter le piège, faire oublier les absents et retrouver le chemin des filets.
Le mieux serait de soigner la différence de buts. Domenech, qui compose avec une hécatombe (Vieira, Ribéry et Henry, blessés, auxquels s'ajoute Saha, joker de luxe lui aussi retenu à l'infirmerie), pourrait bousculer son 4-4-2 fétiche (6 matches sur 7 depuis le Mondial).
Le sélectionneur lancerait ainsi un 4-3-3 inédit, avec devant sa défense classique (Sagnol, Gallas, Thuram, Abibal), un milieu défensif renforcé (Diaby, zéro sélection, Makelele 55 sélections et Toulalan, une sélection seulement) et un trio offensif composé par Govou, Anelka et Malouda.
Si Diaby, jeune pousse d'Arsenal de 20 ans, était aligné, Arsène Wenger recevrait une nouvelle pierre dans son jardin, lancée par un sélectionneur qui, non seulement n'appelle pas pour prendre des nouvelles des joueurs confirmés, mais en outre pioche des éléments sans grande expérience sans s'informer non plus auprès de leurs mentors en club.
Quant à Anelka (8 buts en Bleu), il a une occasion unique de clore définitivement le chapitre "je t'aime moi non plus" sur ses relations passées avec l'équipe de France et de prendre un ticket précieux dans la file d'attente des attaquants français derrière Henry.
"Nico" (Anelka), l'ex-enfant terrible du football français, a pour lui l'avantage de ne jamais douter. Il devra cette fois faire coïncider son ambition dévorante et la ligne de conduite dictée par Domenech: respecter l'adversaire.
Car, comme si l'avalanche de blessures ne suffisait pas à dramatiser l'enjeu, le sélectionneur a sorti la grosse artillerie sémantique.
Dès l'annonce de sa liste des 23 (d'où il a exclu Trezeguet, puni pour son manque d'efficacité après la défaite face à l'Argentine en amical le 7 février, 1-0), le technicien national a parlé de "finale" dans ce groupe B, alors que les Bleus, 4e nation Fifa et 2e de leur poule (à égalité de points avec le leader, l'Ecosse), affrontent la Lituanie, 5e du groupe, relégué au 76e rang Fifa.
Dans sa logique -bousculer un groupe vice-champion du monde assis sur ses certitudes- Domenech en a rajouté une couche lors du premier jour du rassemblement en dénonçant "l'autosatisfaction", à l'origine selon lui des deux dernières défaites des Français en quatre matches, contre l'Argentine, et contre l'Ecosse, le 7 octobre, également sur le score de 1-0 en qualification.
Ce dernier revers avait d'ailleurs privé les Bleus d'une belle opportunité, celle de prendre seuls la tête de leur groupe, dans une phase où les deux premiers de chaque poule seront qualifiés.
Pour Domenech, la petite phrase de Gallas -"la France est la meilleure équipe du monde"- avant le déplacement à Glasgow contre l'Ecosse explique à elle seule la contre-performance des Français (avec un but pris sur coup de pied arrêté, péché mignon des Français).
Même si les joueurs tricolores réfutent tout flagrant délit d'excès de confiance, ils ont pris leur précaution de langage cette fois-ci. Florent Malouda assure qu'il n'a décelé aucun "relâchement" et parle d'un "état d'alerte" pour des Bleus qu'il sent "investis d'une mission". Son compère du flanc gauche en club (Lyon) et en sélection Eric Abidal ne pense qu'au "match parfait" à réaliser à Kaunas, dans un petit stade de 8500 places qui sent bon la cohue et le traquenard.
Philippe Mexès, qui devrait être remplaçant, parle même d'un adversaire à prendre plus au sérieux que le Brésil... Alors pourquoi ne pas gagner 3-0 pour être sereins?